Dieu, Christine et moi

Publié le 17/09/2016 - mis à jour le 20/10/2018

En octobre 2013, lors des débats sur le « mariage pour tous », Christine Boutin affirmait avec force dans une interview pour le site Boulevard Voltaire :

« Le positionnement qui nous est demandé n’est plus un positionnement droite/gauche. Il s’agit de savoir si nous voulons une société avec une transcendance ou sans transcendance. »1

Formule qu’elle avait déjà servi par ailleurs en y prenant pour cible Nelson Mandela (!) :

« En réalité, le véritable enjeu est un combat non pas politique, mais spirituel, car nos adversaires veulent construire une société sans transcendance et sans Dieu.
 […] Le mouvement que nous subissons est un mouvement mondial. Nous sommes en guerre contre les idées qui veulent nier la transcendance. »2

Ne blâmons pas trop notre Christine nationale, elle ne fait que s’inscrire dans la (trop) longue tradition des grands monothéismes. Cette manipulation assez commune chez les religieux prosélytes qui consiste à préempter un mot, un concept, une définition, en l’occurrence transcendance (spiritualité aurait pu faire un autre bon exemple).

Ils en seraient les gardiens de droit divin alors que, précisément, Dieu – et plus encore que tout autre, le Dieu de Christine Boutin – représente une non-transcendance absolue.
Je m'explique :

Chez Christine, on a la transcendance facile qui consiste à condamner des minorités, à les traiter d’abomination, à cataloguer la gourmandise comme péché capital mais pas la pédophilie. On y met sur le même niveau viol et masturbation.

Le pauvre Dieu de Christine s’est fait atomiser dès lors qu’on a compris que les plantes avaient besoin de soleil pour exister. Il s’est fait balayer – transcender – par la simple compréhension du mécanisme qui gouverne le jour et la nuit.

La religion nous incite à ne pas comprendre le monde, écrivait Dawkins3. Elle ordonne de se satisfaire des superstitions d'un bédouin illettré pour réponse unique. Elle impose comme horizon infranchissable les préoccupations d’une humanité tout juste sédentarisée tout en prenant soin de criminaliser les alternatives.
Le Dieu de Christine Boutin enferme le monde dans une prison de l’âge du bronze et menace du pire quiconque essaie de s'enfuir (de la transcender).

Le pauvre Dieu de Chrisitne n'est qu'une vaste blague qui donne le vertige tant il est vide. De la transcendance pour protohistoire et chasseurs de sorcières. N’en déplaise à Christine, l'humain ne s'est jamais si bien élevé et dépassé qu'avec la science. Et ce fut trop souvent malgré le pouvoir religieux.

Aucune transcendance n’est possible quand le doute est proscrit, les questions condamnées et châtiées. Dieu et ses dogmes c’est l’échec de la philosophie, des sciences et l'interdiction de tout progrès – de toute transcendance.

Parfois, on trouve des croyants qui objectent, avec une arrogance pathétique, que la science aurait démontré sa faiblesse par ses erreurs passées.
C’est pourtant tout ce qui fait sa force, cette capacité de se corriger, s’améliorer, s’élever, bref, de transcender l’état des connaissances de son temps et projeter l’humanité au-delà de sa caverne.

La transcendance c’est de découvrir que le temps n’est pas absolu mais dépend de celui qui en fait l’expérience. C’est de comprendre l’équivalence matière-énergie, de révéler la dualité des particules quand on les regarde d’assez près. C’est d’être obligé d’inventer des expressions pour quantifier l’inconcevable et ne les utiliser qu’avec l’espoir d’en trouver de meilleures.
La transcendance, c’est observer l’univers et y gagner une leçon d’humilité de par son absence de centre.

Quand Dieu nous parle de la matière, c’est pour nous faire des tours de magie, changer l’eau en vin et nous faire croire qu’il suffit de souffler sur de l'argile pour créer l'humanité. 
Quand la Bible nous parle du temps, c’est pour nous expliquer que la Terre serait apparue après la domestication du chien.

La transcendance ça n’est pas Le Mystère, mais sa résolution. L’humain n’a pas appris à voler avec des prières. Depuis des siècles, la science nous a permis, malgré Dieu, de comprendre l’humain et son monde, sa condition d’animal, son cousinage avec le chimpanzé, son passé de poisson, son origine bactérienne constituée de résidus stellaires.

Pendant tout ce temps, Dieu, lui, s’est préoccupé de savoir si je me masturbe.

 

  


  1. http://www.bvoltaire.fr/christineboutin/nouveau-nom-femen-connotation-diabolique,38469
  2. http://www.idc-europe.org/fr/-Je-savais-que-la-France-se-reveillerait-
  3. Pour En Finir Avec Dieux - Richard Dawkins - Tempus